ENDURO DE PRIVAS, 25 AVRIL 2004 “Le circuit est cassant, les temps sont très larges, nous ne saurions trop conseiller aux débutants, même confirmés, de ne pas attaquer comme des malades, ils le regretteraient vide en se trouvant vidés avant d'avoir fini le premier tour. Enroulez !! » Ces avertissements, lus à la va-vite avant le départ de l'épreuve, prennent toute leur signification lorsque je relis le document au lendemain de l'épreuve de Privas. Pour mon deuxième enduro, le hasard du calendrier a voulu que je me lance sur cette étape réputée difficile du championnat de ligue de Provence. Je n'ai pas été déçu … Privas, dimanche 25 avril 04, 09h57, le signal du départ vient de nous être donné. Starter, 3-4 coups de kick, le 300 s'ébroue et, sans lui laisser de chauffer plus, je m'élance en seconde derrière les 3 autres pilotes de ma ligne, Stéphane et Philippe (avec lesquels j'ai effectué le déplacement) et un inconnu en 125 KX. Je pars sur un filet de gaz, en ayant à l'esprit le superbe claquage de bougie dont nous a gratifié il y a quelques minutes un concurrent parti plein gaz sur son 250 EC. Ma machine n'est pas sujette à ça, mais ça me gonflerai un peu de sortir la banane sur l'aire de départ, donc j'assure. CH1-CH2, 23 Km, 40mn. Nous attaquons d'entrée par un sentier agrémenté de pierres et de racines se charge de nous chauffer les bras. Stéphane et Philippe, pressés d'en découdre, partent fort. Un peu trop pour moi, je préfère économiser mon physique en adoptant un rythme moins soutenu. CH2-CH3, 33 Km, 1h15mn. La spéciale banderolée se situe sur le début de ce tronçon. Ayant effectué une reconnaissance la veille, je me souviens des 2-3 passages délicats. Je m'élance, bataille un peu pour placer la moto dans les premières épingles, puis termine la spéciale sans commettre de faute, si ce n'est un faux point mort dans l'ultime virage du parcours, là évidemment où sont massés la majorité des spectateurs… Bilan, 3'31, pas terrible, mais surtout le physique n'a pas apprécié ce rythme soutenu. Je repars en enroulant, espérant récupérer sur une partie un peu roulante. Le hic, c'est que je ne suis pas près de la voir, cette partie roulante. Le sentier que nous suivons commence à serpenter au pied d'une belle pente, c'est très sympa, jusqu'à cette bifurcation qui nous place dans la direction du sommet, sur un superbe chemin rocailleux qui doit être plus difficile à pied qu'à moto … Je me cale en seconde et suis les lacets serrés qui me paraissent interminables… CH3-CH1, 32 Km, 1h20mn. Les pierriers et les descentes de ce tronçon, s'ils sont toujours aussi copieux, présentent l'avantage d'être entrecoupés de parties plus roulantes qui me permettent de respirer un peu. J'adopte un rythme carrément rando, avec pour objectif de sauvegarder impérativement le peu de forces qui me reste. A cette allure, l'impératif est de ne pas s'arrêter et de ne pas se louper. Une seule bonne galère, la moto à pousser ou à relever, et ce serait à coup sûr le coup de grâce ! Je m'applique à rouler propre, je passe du premier coup les quelques passages délicats et rallie finalement le CH1, toujours 5 mn après mes potes mais encore dans les temps… Je ne suis pas fatigué, je suis éclaté, mais l'état des autres pilotes étant proche du mien je n'envisage pas d'arrêter et repars pour une deuxième boucle. 2 ème tour, CH1-CH2, 23 Km, 40 mn. C'est vrai que c'est plus facile lorsque l'on sait a peu près ce qui nous attend, et qu'en plus 350 motos se sont chargé de virer les plus gros cailloux du milieu de la trace. J'ai encore baissé le rythme, les concurrents des vagues suivantes commencent à me doubler. Mais d'où sortent-ils cette énergie ?? Lorsque j'entends un moteur derrière moi, instinctivement je remets du gaz pour ne pas bouchonner et me décale dès que possible pour laisser passer ces brutes et reprendre une allure adaptée à mes petits bras. Mais s'écarter de la trace n'est toujours pas une bonne idée, je frappe fort de la roue arrière, qui passe immédiatement devant la roue avant et je chute comme une merde sous les yeux médusés des deux Yam qui me rattrapaient. Les 2 types repartent dès que je suis sur pied, le Gas est dans les broussailles, en vrac, je mets une bonne minute à le sortir de là, je suis vert. J'arrive au CH2 un peu court, seulement 3 ou 4 minutes d'avance. J'apprends que Philippe jette l'éponge, à bout de forces, Stéphane a des crampes aux avant-bras mais repart, je repointe donc avec lui pour la portion suivante dans laquelle j'ai tant galéré au premier tour… 2 ème tour, CH2-CH3, 33 Km, 1h15mn. Je n'ai pas eu le temps de reprendre mon souffle avant d'arriver sur la spéciale banderolée, dans laquelle je me lance avec l'objectif premier de limiter les dégâts. Je force l'allure et m'efforce de rouler propre, mais dès le premier tiers du parcours un début de crampe me tue le bras droit. Pas top pour freiner fort ! Je fais ce que je peux, ne commets pas d'erreur (encore heureux à cette vitesse…) et boucle ce chrono dans la même seconde qu'au premier tour. Constant, quoi… Je quitte la spéciale en jetant un œil inquiet vers le pan de montagne où j'en ai tant chié au premier tour, et vers lequel je me dirige maintenant (enfin, la moto se dirige…). Le sentier rocailleux tient ses promesses, il me vide de mes dernières forces. J'arrive à l'agonie à l'entrée de la spéciale en ligne. J'essaie vainement d'attaquer sur les trente premières secondes, mais en entrant trop fort dans les courbes je n'ai pas l'énergie de tenir la moto et sors systématiquement trop large. Je reprends donc mon petit train de sénateur (en pleine spéciale !), le type parti 10 secondes derrière moi me dépasse à l'endroit où j'imagine se trouver la fin de la spéciale. Bizarre, je ne vois pas la cellule de sortie, c'est peut-être plus loin ? Je ré accélère un peu, assure sur deux dévers au fond desquels je ne me vois vraiment pas finir, toujours pas de cellule, ah un bout de banderole c'est peut-être là. Je passe une sorte de goulet et rend la main. Un 250 GAS me double alors, le couteau entre les dents, merde c'est pas la fin ? Je lui emboîte le pas, il me tire sur quelques lacets et on débouche enfin sur un chemin plus large. J'apprendrai plus tard que la fin de la spéciale se trouvait là… Bilan, 4'48, soit une vingtaine de secondes de plus que mes compagnons de jeux habituels. 2 ème tour, CH3-CH1, 32 Km, 1h20mn. Cette dernière partie, que j'avais trouvé sympa au premier tour, sera un véritable chemin de croix. Je suis mort, plus de bras, plus de jambes, je fais 30 bornes assis. Juste après un CP, un sentier fort sympathique mi-terre mi-sable (en temps normal, j'adore) serpente entre les arbres avant de finir en grimpette sur une quinzaine de mètres. J'aborde la côte en première, en me disant que je fais une connerie mais que ça passera peut-être. Puis j'aperçois une dizaine de spectateurs sur la droite, et à ce moment précis je sais que ça ne passera pas. Quand il y a du monde, tu peux être sûr qu'il y a de la gamelle dans l'air ! Effectivement, à mi-côte, je patine, m'immobilise, reste 2 secondes en équilibre à tenter de trouver le sol côté aval, mais comme il me manque à cet instant au moins 30 cm de jambe gauche, la moto bascule et je me retrouve une jambe coincée sous la machine, tête et guidon vers le bas, à gueuler comme un putois. Impossible de sortir la botte de sous la machine, je gueule à nouveau à l'intention du groupe, et finalement un mec descend pour me relever la moto. Le saint homme. Je fais le tour de la machine, reprend mon souffle, et commence à m'escrimer sur le kick, moteur en prise et sélecteur inaccessible. J'arrive sur une des dernières difficultés, un ruisseau dont nous longeons le fond pendant quelques minutes, avec en point d'orgue un passage sur des palettes en bois suivi d'une marche grassouillette (le ruisseau n'est pas à sec). Bon, il y a des spectateurs plein de boue, ils poussent donc ça va passer. Je descends donc en seconde dans le trou, en visant les palettes, mais comme je n'ai plus de bras (je l'ai déjà dit, non ?) je loupe l'entrée de la trace et pose la roue avant à côté de la palette. Dernière solution avant l'engluement, les gaz. Je me cramponne au guidon, tourne la poignée en jouant sur l'embrayage ; le 300 s'arrache du fond, je tape la roue avant sur le milieu de la marche, l'avant se lève, l'arrière accroche la palette, tape à son tour la marche et je me retrouve tout étonné (mais moins que les spectateurs présents !) en haut de la difficulté. Je sors enfin du ruisseau, en folie, les lunettes à la main, et m'arrête au CP tout proche. Voyant ma tête, le type qui pointe mon carton me demande si je ne veut pas donner ma moto. Je n'ai pas la force de lui répondre, je suis à l'agonie, mais je sais que le CH1 est proche, que les difficultés sont derrière moi, et la seule inconnue reste le chrono. CH1-Parc fermé. Les derniers kilomètres s'effectuent par la route, c'est enfin l'occasion de passer la 6. On rentre les motos au parc, puis on retrouve notre staff à la terrasse du bar voisin. Je vire tout l'attirail et m'affale sur la première chaise disponible. Patron, une pression… Laurent PELLEGRY Quelques chiffres: 340 partants, 78 abandons, 208 ème place au scratch, 1 point marqué au classement de la ligue. |